Lorsqu’on s’intéresse à la noix de coco dans la cuisine vietnamienne, beaucoup de voyageurs se posent les mêmes questions : « Le coco est-il utilisé au quotidien ? Est-ce seulement une boisson rafraîchissante ? Sert-il aussi à cuisiner ? Et ressemble-t-il au coco de la cuisine thaïlandaise ? »
La réponse se trouve dans le delta du Mékong. Dans cette région de rivières et de vergers, le cocotier n’est pas qu’un produit agricole. Il fait partie du quotidien. On le retrouve dans un verre d’eau fraîche, sur la table familiale, dans les gâteaux traditionnels ou dans une marmite de poisson mijotant doucement sur le feu. Cette présence simple et naturelle a façonné une cuisine à part. Une cuisine douce, équilibrée, proche de la nature. Les spécialités de la région expriment ainsi une autre facette de la cuisine vietnamienne : chaleureuse, paisible et profondément liée à la vie locale.
Première expérience avec le coco : une noix de coco fraîche
Rien de plus familier. Quand on parle de coco, on pense immédiatement à l’eau de coco. Ici, on la boit directement dans le fruit. Dans le delta, les noix de coco sont réputées pour leur douceur naturelle et leur grande diversité : coco lửa, coco xiêm, coco dâu… Parmi elles, la coco xiêm est la plus courante. Son eau est légèrement sucrée, très fraîche, avec une pointe d’acidité lorsqu’elle est encore jeune — parfaite pour se désaltérer sous la chaleur tropicale. Voyager dans la région, rien n’est plus authentique que de cueillir une noix de coco sur l’arbre, de la couper sur place et d’en boire l’eau immédiatement. Le geste du coupeur attire toujours l’attention : trois coups rapides de machette, précis et emblématiques du savoir-faire local.
La vidéo ci-dessous illustre parfaitement « la coupe en trois coups »

Chaque variété possède son propre goût : La coco xiêm offre une douceur légère et limpide. La coco dâu est plus parfumée, subtilement sucrée. La coco lửa, quant à elle, présente une texture un peu plus riche et légèrement plus grasse. On reconnaît facilement une noix jeune d’une noix mature : une coque vert clair indique une coco jeune, tandis qu’une peau plus foncée et épaisse révèle une coco plus âgée.

Certaines personnes ajoutent une pincée de sel à l’eau de coco. Ce geste simple met en valeur la douceur naturelle du fruit tout en aidant à rééquilibrer les électrolytes, idéal par temps chaud. La chair est ensuite dégustée sur place : douce, légèrement crémeuse, jamais écœurante. La coco jeune possède une pulpe fine et souple ; plus la noix vieillit, plus sa chair devient épaisse et ferme.
Le coco, omniprésent dans le delta. Cependant, lorsqu’il s’agit des grandes terres du coco, celles qui concentrent l’essentiel de la production et de l’exportation, deux provinces se distinguent : Ben Tre et Tra Vinh. Ces provinces sont considérées comme le cœur de la filière du coco au Vietnam. Elles disposent des plus vastes plantations du pays et jouent un rôle clé dans la chaîne d’approvisionnement destinée au marché international.
Selon les données du ministère vietnamien de l’Agriculture et du Développement rural, le Vietnam compte aujourd’hui environ 200 000 hectares de cocotiers, pour une production annuelle proche de 2 millions de tonnes. À elle seule, la province de Ben Tre possède plus de 80 000 hectares de plantations, soit près de 42 % de la superficie nationale consacrée au coco. Tra Vinh, ainsi que plusieurs provinces voisines, constituent également des zones stratégiques dans le réseau d’exportation du coco vietnamien.
(Source : synthèse d’après les données du ministère de l’Agriculture et du Développement rural du Vietnam – cayxanhtanthuy.com)
Des boissons du quotidien à la créativité locale
Au-delà de l’eau de coco fraîche, le coco se décline en de nombreuses boissons qui reflètent la créativité de la vie quotidienne et l’art de vivre de la cuisine vietnamienne.
- Coco au kumquat (dừa tắc) : une alliance rafraîchissante entre la douceur naturelle de l’eau de coco et la légère acidité du kumquat, très appréciée pendant les journées de forte chaleur.
- Smoothie à la coco (sinh tố dừa) : préparé à partir de chair de coco jeune mixée avec du lait concentré et de la glace pilée. La texture est douce et onctueuse, avec une richesse légère sans sensation écœurante.
- Café au lait de coco (cà phê cốt dừa) : une rencontre originale entre la culture du café vietnamien et les ingrédients du delta. L’amertume du café s’associe progressivement à la douceur onctueuse du lait de coco, créant un équilibre harmonieux. Cette boisson est également considérée comme une spécialité du delta. Si vous avez déjà goûté au café aux œufs ou au café au lait, le café au lait de coco est une autre variante qui mérite d’être découverte.
- En outre, on trouve aussi la “chair de coco germée”, présente uniquement dans les noix de coco sèches. Sa texture est légère et spongieuse, son goût délicatement sucré. Très gourmande, elle est particulièrement appréciée des enfants vietnamiens.



Le coco dans les desserts
Dans les desserts du delta du Mékong, le coco joue un rôle essentiel : il adoucit la saveur sucrée. Le lait de coco et la noix de coco râpée apportent du parfum, une texture onctueuse et une richesse légère, sans jamais alourdir le goût.
Des gâteaux populaires comme le gâteau à la banane ou le gâteau de manioc gagnent en rondeur, en douceur et en gourmandise grâce au coco.Il y a aussi le « chè » — desserts vietnamiens servis chauds ou froids — se déclinent en de nombreuses versions : chè à la banane, au maïs, aux haricots mungo ou au taro.Tous sont indissociables de leur fine couche de lait de coco blanc et soyeux, délicatement parfumé.

À l’approche du Tết, les noix de coco confites, aux couleurs éclatantes, apparaissent dans chaque foyer. Quant aux célèbres bonbons à la coco de Ben Tre, ils deviennent presque un souvenir incontournable que les voyageurs glissent dans leurs bagages au retour du voyage.


Le coco dans les plats principaux
L’une des surprises pour vous est que le coco ne se limite pas aux desserts. L’eau de coco fraîche est souvent utilisée à la place de l’eau lors de la cuisson. Elle apporte aux plats une douceur naturelle, sans nécessiter beaucoup d’épices ni d’assaisonnements.
Parmi les plats les plus représentatifs, on peut citer :
- Poisson ou viande braisés à l’eau de coco : une sauce légèrement nappante, à l’équilibre subtil entre le salé et le sucré, avec une finale délicatement onctueuse. Une touche de poivre vient relever les arômes.
- Crevettes caramélisées à l’eau de coco : les crevettes sont lentement mijotées dans de l’eau de coco fraîche jusqu’à obtention d’une sauce brillante et concentrée, au goût harmonieux et délicatement parfumé.
- Porc braisé aux œufs et à l’eau de coco : plat emblématique du Tết, il illustre parfaitement l’équilibre entre la richesse du gras et la douceur naturelle du coco. Préparé avec de l’eau de coco, le bouillon devient plus clair, plus limpide et naturellement plus sucré. Les voyageurs présents dans le delta du Mékong entre janvier et février ont souvent l’occasion de le déguster.
- Curry au lait de coco : contrairement aux currys indiens ou thaïlandais, réputés pour leur intensité épicée, la version de cette région fluviale est plus douce, plus légère et particulièrement appréciée des voyageurs européens.

Le point commun de ces plats est leur légèreté : ils ne sont ni gras ni écœurants, et se dégustent facilement au quotidien, autour du repas familial. Il ne s’agit ici que de quelques exemples représentatifs. De nombreuses autres plats associent également le coco, mais le plus souvent sous forme de plats mijotés ou braisés.
Il existe cependant une habitude très particulière, rarement mentionnée dans les guides de voyage — et que même les guides non locaux ignorent souvent. Il s’agit de manger le riz avec de l’eau de coco. Du riz froid est placé dans le bol, puis on y verse de l’eau de coco fraîche, comme une soupe. Vous pouvez manger avec du chair de coco, mais aussi avec des plats braisés plus salés, par exemple les poissons fermentés. Une manière de manger simple, surprenante pour les visiteurs, mais extrêmement appréciée par les habitants de la région.

Des autres expériences « insolites »
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin dans la découverte, le delta du Mékong offre également les plats uniques, tels que :
- La noix de coco cireuse (dừa sáp) : Une chair très épaisse, souple et incroyablement crémeuse — une spécialité rare. Elle se déguste généralement avec du lait concentré sucré, un peu de sucre, des cacahuètes et de la glace pilée. Une noix peut coûter assez cher, environ 3 euros, mais l’expérience en vaut la peine. Son prix élevé s’explique par le fait qu’un cocotier ne produit en moyenne que 2 à 3 fruits par an, qu’il faut 5 à 7 ans avant la première récolte, et que tous les fruits ne présentent pas forcément la texture recherchée.

- Le jeune cœur du cocotier (củ hủ dừa) : Légèrement croquant et naturellement sucré, il apparaît souvent dans les salades vietnamiennes aux crevettes et au porc, ou dans les bánh xèo.

- Les larves de coco (đuông dừa), dégustées avec de la sauce nuoc-mâm, ou encore le rat de cocotier grillé, sont des spécialités des régions rurales du delta du Mékong. Leur saveur est très particulière. L’expérience est encore plus marquante lorsqu’on les accompagne d’un petit verre d’alcool traditionnel, qui réchauffe le corps. Ces plats relèvent du véritable défi culinaire et s’adressent uniquement à ceux qui osent goûter… et assumer l’expérience.


- « La caca de coco » (cứt dừa) — une expression populaire et imagée, facile à retenir : Malgré son nom surprenant, il s’agit simplement de la pulpe de coco pressée après extraction du lait. En vietnamien standard, on l’appelle bã dừa ou xác dừa (résidus de coco). Les résidus de coco sont ensuite cuits à feu doux., soit pour extraire l’huile de coco, soit pour être consommées avec du riz, par exemple sautée à la citronnelle et au piment. Le résultat est parfumé, légèrement gras et croustillant — proche d’un petit snack local.
L’huile de coco ne sert pas uniquement en cuisine pour apporter une touche douce et parfumée aux plats. Elle est aussi un secret de beauté traditionnel : utilisée pour hydrater la peau, l’assouplir et détendre le corps, elle offre une véritable expérience de spa naturel à domicile.

Nos derniers mots,
Pour les voyageurs en quête d’un Vietnam plus lent, plus authentique et plus proche de la vie locale, les terres du coco — notamment Ben Tre, Tra Vinh et Vinh Long — offrent une autre manière d’aborder la cuisine vietnamienne. Ici, point de restaurants luxueux, mais des repas familiaux, une noix de coco fraîchement cueillie et bue sur place, ainsi que ces conversations passionnantes autour du goût, différent d’une maison à l’autre.
Si vous voyagez au bon moment, le Festival de la noix de coco de Ben Tre (généralement organisé entre avril et mai) constitue une excellente occasion de mieux comprendre le lien étroit entre le coco, la gastronomie et la vie quotidienne locale. Les salons et expositions dédiés aux coopératives et aux produits du terroir permettent également d’approfondir la découverte de la cuisine à base de coco, et plus largement de la cuisine vietnamienne.
Plus qu’un simple ingrédient, le coco devient ici un véritable langage culinaire. À travers lui, les habitants du delta racontent l’histoire de leur terre : simple, chaleureuse et profondément identitaire.
Hieu Tuyen (Aucoeurvietnam – Agence de voyage locale au Vietnam)













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